Basiliscus plumifronsElevage de trois espèces de Basiliscus Laurenti, 1768


Entre 1989 et 1997 j’ai élevé environ 3 000 individus des espèces Basiliscus plumifrons, Basiliscus basiliscus et Basiliscus galeritus. En revanche, je n’ai jamais essayé d’élever la quatrième espèce, Basiliscus vittatus, qui est importée en très grande quantité.


Cet élevage « à grande échelle » a été développé au sein d’ « Agama International », Herpetocultural Institute, Inc. situé à Montevallo, en Alabama (USA). Dans ce centre d’élevage, les Basiliscus étaient maintenus tous de la même manière : une partie de l’année en extérieur et l’autre partie en intérieur.

Pendant les mois les plus chauds, de mi-avril jusqu’à mi-octobre, les basilics étaient logés dans des vivariums extérieurs enterrés « à ras le sol » afin de maintenir une température plus stable. De ce fait, dans ces vivariums il n’y a pas de chauffage ni de lampes ni de tubes néon, les lézards bénéficient des conditions naturelles.
Pendant les mois restants, les basilics étaient installés dans des terrariums chauffés, en intérieur.
Cet aménagement intérieur–extérieur a été expérimenté avec succès dans la mesure où les animaux ont tiré profit des bienfaits de la lumière directe du soleil et ils se sont reproduits.

Cependant, à partir de la moitié des années 90, l’importation massive de ces lézards a entraîné la chute de leur prix de vente, et j’ai été contraint (B. L.) d’en arrêter l’élevage, car les dépenses de chauffage pour les terrariums au cours des mois hivernaux rendaient le maintien des lézards tropicaux trop onéreux. Je les ai donc remplacés par des espèces non tropicales, comme Physignathus lesueurii qui peut rester toute l’année dans les vivariums extérieurs.

Le but de cet article est de partager mon expérience avec les terrariophiles français, parmi lesquels très peu, à ma connaissance, gardent leurs reptiles en extérieur, bien que cela soit tout à fait envisageable, notamment dans le sud de la France, si on établit un aménagement adéquat.

Le genre Basiliscus n’est pas inscrit en annexe de la CITES.

CLASSIFICATION ET DISTRIBUTION
Le genre Basiliscus LAURENTI, 1768 a été considéré jusqu’en 1989 comme appartenant à la famille des Iguanidae ; FROST & ETHERIDGE (1989) ont depuis inscrit ce genre dans la nouvelle famille des Corytophanidae (lézards à tête casquée), avec Corytophane et Laemanctus.
Quatre espèces sont reconnues :
Basiliscus vittatus WIEGMANN 1828 ;
Basiliscus plumifrons COPE 1876 ;
Basiliscus basiliscus LINNAEUS 1758 ;
Basiliscus galeritus DUMERIL 1851.

La zone de répartition du genre Basiliscus s’étend de Jalisco et du sud de Tamaulipas, au nord de la partie méridionale du Mexique, jusqu’à la zone côtière du nord–ouest de l’Équateur (Fig. 1).
Basiliscus vittatus occupe une vaste région qui, du Mexique, atteint le nord–ouest de la Colombie ;
Basiliscus plumifrons est présent sur une partie de l’Amérique centrale, c’est-à-dire la région méridionale du Nicaragua, le Costa Rica et la moitié ouest de Panama ;
Basiliscus basiliscus est réparti dans un territoire plus étendu qui comprend le sud–ouest de la région méridionale du Nicaragua jusqu’au nord-ouest de la Colombie, tandis que la sous-espèce Basiliscus basiliscus barbouri habite l’est de la Colombie et une partie du Venezuela occidental ;
Basiliscus galeritus est l’espèce la plus méridionale, elle a été aperçue dans une grande partie de Panama, dans l’ouest de la Colombie et le nord–ouest de l’Équateur.

HABITAT ET CLIMAT
Basiliscus carteLe biotope de prédilection de Basiliscus est caractérisé par les forêts tropicales du nord de l’Amérique latine, notamment les territoires qui longent les cours d’eau, rivières et bassins, riches en végétation, arbres et broussailles. Des espaces toutefois assez ouverts où l’animal peut aisément s’exposer au soleil.

Basiliscus plumifrons vit au niveau de la mer jusqu’à 100 m d’altitude, tandis que Basiliscus basiliscus peut être aperçu jusqu’à une altitude de 900 m. Basiliscus vittatus peut également habiter un environnement plus sec et jusqu’à 1500 m d’altitude. Cette dernière espèce peut s’adapter à des biotopes très variés.
En revanche, il n’y a pas beaucoup de données au sujet de l’habitat de Basiliscus galeritus.

Voici quelques notes sur le climat des zones de distribution du genre :
Guayaquil (région côtière de l’Équateur, habité par Basiliscus galeritus)
Les températures sont les mêmes tout le long de l’année. Au cours de la journée, les températures minimales varient, en moyenne, de 18 à 22 °C, tandis que les températures maximales varient, en moyenne, de 29 à 31 °C.
Il existe une saison des pluies : de janvier jusqu’en mars les précipitations oscillent entre 230 et 280 mm de pluie par mois, alors que de juin jusqu’en novembre il n’y a que 8 mm de pluie par mois, voire moins.

Merida (Yucatan, habité par Basiliscus vittatus)
Dans cette région la température la plus basse, enregistrée en février, était de 10,5 °C.
Les moyennes minimale et maximale pour le mois de janvier sont respectivement de 16,5 et 28,0 °C, tandis que pour le mois de juillet elles sont respectivement de 23,0 et 33,0 °C.
Il existe une saison pluvieuse : de juin jusqu’en octobre, de 100 à 180 mm de pluie par mois. Février est le mois le plus sec avec moins de 25 mm de pluie.

Managua (Nicaragua, habité par Basiliscus plumifrons et Basiliscus basiliscus)
Les températures sont les mêmes tout le long de l’année. Au cours de la journée, les températures minimales varient, en moyenne, de 20 à 22 °C, tandis que les températures maximales varient, en moyenne, de 31 à 34 °C.
Il existe une véritable saison des pluies : de juin jusqu’en octobre, de 125 à 305 mm de pluie par mois. En revanche, de décembre jusqu’en avril il n’y a que 5 mm de pluie par mois, voire moins.

Ces annotations nous éclairent au sujet du maintien de ces lézards qui, non seulement doivent être gardés dans un environnement chaud pendant toute l’année, mais qui requièrent également une saison pluvieuse suivie d’une saison sèche. Ces changements saisonniers stimulent la reproduction. Pour trois espèces, la saison humide sera située de juin à octobre, alors que pour Basiliscus galeritus cette période correspond à la saison sèche.

DESCRIPTION ET COMPORTEMENT
Basiliscus est un lézard magnifique et surprenant par sa morphologie et par son comportement qui sont à l’origine de diverses légendes chez les autochtones.

Basiliscus est un lézard assez fin et élancé qui peut atteindre une longueur totale de 80 cm environ, selon les espèces, dont plus des deux tiers pour la queue. Le museau est allongé, les yeux sont relativement grands, l’ouverture auriculaire est bien visible. Trait distinctif du genre, la présence d’une – voire deux – crêtes sur la tête et/ou sur le dos et la queue, selon les espèces, lui vaut son nom : le mot basilic provient de grec "basilikon" qui veut dire petit roi. Cet attribut, constitué d’écailles superposés sans soutien osseux, est particulièrement marqué chez les mâles, ce qui permet d’identifier les sexes des individus adultes. Les pores fémoraux et préanaux sont absents.
Le long du dos il existe des écailles granuleuses, tandis que celles de la partie inférieure du corps sont lisses ou imbriqués.

A la fois arboricole et aquatique, très agile et svelte, Basiliscus possède de longues pattes postérieures pour grimper rapidement sur les arbres ; les longs doigts pourvus d’écailles élargies favorisent la natation. Le corps allongé et comprimé latéralement, la crête dorsale ainsi que la longue queue sont également des atouts majeurs dans les déplacements aquatiques.
De plus, Basiliscus utilise sa morphologie particulière pour courir en s’appuyant sur ses seules pattes postérieures, non seulement sur la terre ferme (une singularité qu’il partage avec d’autre lézards comme l’agamidé Chlamydosaurus kingii) mais également sur l’eau. Il est ainsi capable, pour fuir les prédateurs, de se déplacer à la vitesse remarquable de 12 km/h sur une distance de 400 m sur la surface calme d’un étang. Ceci est possible grâce à la vitesse de déplacement et au coussin d’air qui se forme entre ses doigts « palmés » et la surface de l’eau. Cette caractéristique spectaculaire est à l’origine de son nom vernaculaire de « lézard Jésus-Christ ». En d’autres occasions, quand il est dérangé, il peut quitter précipitamment les branches sur lesquelles il demeure en plongeant dans les cours d’eau sous-jacents.

En milieu naturel, les mâles défendent leur territoire de toute intrusion d’autres mâles ; chez Basiliscus basiliscus, ce domaine serait de 500 à 1000 m2. La saison des accouplements coïncide avec la saison des pluies.
Une grande variété de nourriture a été trouvée dans l’estomac de différentes espèces de Basiliscus en milieu naturel : poissons, grenouilles, petits lézards et oisillons font partie de son régime alimentaire, ainsi que des invertébrés comme crevettes, fourmis, coléoptères, mouches, sauterelles, locustes, grillons et écrevisses. La diète des adultes peut comprendre également des végétaux, c’est-à-dire fruits, baies et feuilles.

B.Basiliscus Basiliscus basiliscus (« basilic marron ») peut atteindre une longueur totale de 80 cm, avec une longueur museau-cloaque de 24 cm maximum. Le mâle possède une crête sur la tête, une sur le dos et une troisième sur la queue. La coloration de fond du corps, marron à vert-olive, est marquée sur le dos par des bandes transversales foncés présentes également sur la crête, ainsi que par une bande latérale claire qui part derrière l’œil et se prolonge le long des flancs, de chaque côté du corps, jusqu’aux membres postérieurs. Le ventre est jaunâtre. Chez la femelle, plus petite que le mâle, les crêtes sont beaucoup moins développées.

couple B. plumifrons 1Basiliscus plumifrons (« basilic vert ») peut atteindre une longueur totale de 80 cm, avec une longueur museau-cloaque de 24 cm maximum.
Toutefois, un individu d’une longueur totale de 92 cm a été observé. Le mâle possède une grande crête en demi-cercle sur le dos (haute jusqu’à 6 cm) et une deuxième sur la queue, tandis qu’au bout du crâne il existe deux crêtes, une antérieure plus petite et une postérieure, allant jusqu’à la nuque, plus grande et haute. La femelle est plus petite que le mâle ; la crête crâniale, beaucoup plus réduite, est unique tandis que les autres crêtes sont tout juste ébauchées. La coloration de fond du dos et de la tête est vert-bleu chatoyant avec des ocelles blanc-bleu brillants, souvent disposés en rangées longitudinales, et des bandes transversales noires sur la crête dorsale qui peuvent se prolonger sur les flancs par des taches foncées. La partie postérieure de la queue est traversée par des anneaux foncés. Le ventre est jaunâtre à blanc. Les yeux, caractéristiques, sont jaunes ou jaune–orangés : c’est pour cette raison aussi que chez les indiens d’Amérique centrale le basilic était considéré comme un animal diabolique !

B.galeritus Basiliscus galeritus (« basilic à tête rouge ») peut atteindre une longueur totale de 70 cm, avec une longueur museau-cloaque de 19 cm maximum, mais en général il est plus petit. Le mâle possède une seule large crête arrondie sur la tête. Le long de la colonne vertébrale il existe des écailles élargies intercalées par des courtes écailles épineuses. Comme le nom vernaculaire l’indique, la pigmentation de la tête est roussâtre ou rouille tandis que le corps est gris-vert à vert olive avec des bandes transversales brune-rousses.

Basilicus vittatus mâleBasiliscus vittatus (« basilic à bandes ») peut atteindre une longueur totale de 52 cm, avec une longueur museau-cloaque de 17 cm maximum. Cependant, il a été signalé un animal qui mesurait 75 cm de longueur totale. Le mâle possède une large crête sur la tête et une crête plus petite sur le dos. La couleur de fond, marron plus ou moins foncé, est similaire à celle de Basiliscus basiliscus, ainsi que la bande longitudinale, jaune ou couleur crème, sur chaque flanc. Les bandes noires perpendiculaires sont plus larges que chez Basiliscus basiliscus, très prononcées chez la femelle également.

AMÉNAGEMENT DU VIVARIUM ET DU TERRARIUM
Qu’ils soient gardés en intérieur ou en extérieur, deux mâles Basiliscus ne peuvent cohabiter. En revanche, un mâle avec plusieurs femelles constitue une option envisageable. Dans ce cas, il faut toutefois veiller à ce qu’il n’y ait pas de compétition entre les femelles pour un même site de ponte, ce qui peut être une cause d'agressions et/ou de rétention d’œufs.

Mes vivariums extérieurs (B. L.) ont une surface de 10 m2 et sont réalisés à partir de « fosses » creusées dans la terre, dont les parois et le plancher sont recouverts de moellons et de ciment. Le plafond sort du terrain avec une inclinaison de 45° et il est toujours dirigé vers le sud. Il est clôturé par un grillage afin de protéger les lézards des oiseaux et autres prédateurs.
Durant les nuits froides, une bâche en plastique étendue sur le grillage empêche la température des vivariums de descendre au-dessous de valeurs acceptables pour un lézard tropical comme Basiliscus. De fait, chez les basilics, une température inférieure à 6 °C est létale. En Alabama, pendant la période où les basilics séjournent en extérieur, les températures nocturnes de l’air varient de 12 °C en avril à 21 °C en août. Cependant, dans les vivariums la température au levée du jour est toujours comprise entre 15 et 22 °C.

L’hygrométrie sera, elle aussi, variable selon les jours et les divers moments de la journée. En moyenne, à 7 h du matin, au centre de l’Alabama, elle varie entre 74 % en avril et 85 % en août; tandis qu’à midi elle varie entre 50 % en avril et 55 % en août.

La surface des vivariums est aménagée avec beaucoup de plantes (surtout ananas), de branches et de pierres, ainsi qu’un bassin d’eau. Les plantes, en plus de permettre aux animaux de grimper, assurent des zones d’ombre où l’animal peut s’abriter aux heures les plus chaudes de la journée.

La boite de ponte n’est pas nécessaire : les femelles pondent dans la terre qui constitue le fond du vivarium, et toujours dans les endroits ensoleillés. Les œufs sont ensuite récupérés et placés en incubation.

En ce qui concerne la conception du terrarium, il faut tenir compte du fait que les blessures les plus courantes chez les basilics en captivité sont les abrasions au bout du museau, conséquence d’un état de « stress » important qui pousse l’animal à réitérer des tentatives de fuite en se jetant contre les vitres du terrarium. Il est déjà ardu de faire comprendre à un basilic en conditions normales qu’il ne peut pas franchir une barrière en verre… à plus forte raison un animal qui panique se jettera avec force contre les parois vitrées en se frappant ainsi violemment le museau. Ces blessures sont d’autant plus dangereuses qu’une évolution vers la septicémie est toujours possible, si la plaie n’est pas désinfectée ou si l’abcès n’est pas retiré. La meilleure manière de prévenir ce genre de blessures, est de garder dans le terrarium une seule face vitrée et des procurer aux lézards suffisamment de cachettes, de façon à éviter les mouvements de panique.

Les dimensions d’un terrarium adapté pour maintenir un couple de Basiliscus plumifrons ou Basiliscus basiliscus doivent être, au minimum, 130 x 130 x 180 cm. En revanche, Basiliscus galeritus et Basiliscus vittatus peuvent être maintenus dans des terrariums un peu plus petits, par exemple 90 x 90 x 150 cm. Celles–ci sont des dimensions minimales, les lézards seront évidemment plus à l’aise dans un environnement plus spacieux. Étant donné le caractère arboricole de ces lézards, la hauteur sera toujours privilégiée par rapport à la longueur ou à la profondeur.

Un grand bac d’eau sera disposé sur le sol et situé de manière à pouvoir être facilement nettoyé, vu que ces animaux défèquent dans l’eau. La « corvée » constituée par le changement quotidien de l’eau est compensé par l’avantage de garder, d’une manière générale, le sol propre…

Dans mes terrariums (B. L.), le substrat est simplement composé d’une couche de tourbe ou de terre. Des abris, constitués, par exemple, par des écorces de chêne-liège, seront agencés en hauteur ou à terre : les basilics, de nature assez craintive, pourront s’y cacher et dormir en sécurité quand ils se sentent en danger.

Des branches solides seront aménagées afin de permettre aux lézards de grimper et demeurer en hauteur, ainsi qu’ils le font en milieu naturel. La disposition des branches doit en outre leur permettre de se placer à une distance suffisante pour profiter des UVA et UVB émis par la ou les sources lumineuses (rappelons que les tubes néon ne sont plus efficaces au delà de 30 cm de hauteur environ). On peut envisager de combiner un tube néon avec un spot chauffant (60 ou 100 W selon la saison et la température de la pièce), cependant la solution idéale reste l’installation d’une lampe à vapeur de mercure mixte qui procure les rayons UV à l’animal tout en le chauffant. Cette lampe (ou ce spot) sera disposée de manière à ne pas pouvoir être atteinte par le lézard perché sur les branches.

Pendant la journée, la température sera de 32 °C au point chaud et 25 °C au point frais. La nuit elle peut descendre à 15–20 °C.
La photopériode ne témoigne pas nettement de l’évolution des saisons : elle sera de 11h en hiver et de 13h en été.
En revanche, les saisons seront marquées par un changement dans l’hygrométrie. En été, les vaporisations seront plus fréquentes et abondantes qu’en hiver.
Comme pour tout terrarium tropical, les aérations doivent être suffisantes pour éviter une excessive prolifération de bactéries, moisissures, champignons. Pour cette même raison, la propreté du milieu doit être soignée avec beaucoup d’attention, afin de prévenir l’apparition de maladies mycosiques ou bactériennes.

ALIMENTATION EN CAPTIVITÉ
Basiliscus est essentiellement insectivore. La base de son alimentation en terrarium sera constituée de grillons (Acheta domestica, Gryllus bimaculatus, Gryllus assimilis), blattes (Blaptica dubia, Blaberus atropos, Gromphadorrhina (blatte souffleuse de Madagascar), Nauphoeta cinerea, criquets (Locusta migratoria, Shistocerca gregaria), larves de Zoophobas morio et de Tenebrio molitor (vers de farine, ces derniers en quantité limitée car trop chitineux et pas très nutritifs). De temps en temps, on peut proposer aux Basiliscus également des souriceaux, petits poissons, cuisses de grenouilles, tout en sachant que ces aliments, très riches en protéines, peuvent être dangereux pour sa santé s’ils deviennent l’essentiel de sa diète. Une nourriture hypercalorique peut être source d’obésité et/ou de maladies métaboliques (gouttes viscérale et articulaire).

Les basilics vivent dans un milieu où la végétation abonde, par conséquent ils consomment beaucoup de proies qui se sont nourries de végétaux. Ainsi, ces végétaux sont une source naturelle de provitamine A (carotène) pour les animaux insectivores en milieu naturel.

Maintenus en terrarium, les basilics sont souvent nourris avec des insectes qui n’ont pas suffisamment de carotène dans leur intestin. Si de surcroît, le terrarium est sec et poussiéreux, ces animaux peuvent manifester des troubles de la vue et contracter des infections oculaires, étant donné que la poussière irrite les yeux tandis que la carence en vitamine A réduit la capacité des lézards à se protéger des parasites et bactéries. Puisque le surdosage en vitamine A est tout autant nocif pour les reptiles que l’avitaminose -pouvant occasionner des lésions irréversibles au niveau rénal - il est préconisé d’ajouter le carotène à la nourriture. La manière la plus simple est de nourrir correctement les proies avec des carottes, patates douces, tomates. On peut toutefois saupoudrer les proies avec un mélange vitaminique une fois par semaine.

Par ailleurs, il est recommandé de proposer aux basilics, de temps à autre, également des fruits bien mûrs comme pêches, abricots, bananes, figues, melon etc., même s’ils ne sont pas consommés systématiquement.

Pour les juvéniles (ainsi que je l’ai toujours fait (B. L.) pour les Lacerta que j’élève en extérieur), j’ajoute de la vitamine D3 dans l’eau pour prévenir l’ostéofibrose, maladie métabolique des os. Cette précaution peut toutefois ne pas être suffisante : les jeunes Basiliscus en particulier peuvent présenter des crampes et ainsi paraître paralysés, notamment quand ils sont très « stressés ». Ces symptômes sont le signe d’une carence en calcium dans les muscles, et une sonnette d’alarme qui nous avertit d’un manque de calcium dans les os également. La solution à ce problème est dans une alimentation correcte et supplémentée en calcium (carbonate de calcium), ainsi que dans un aménagement adéquat du terrarium où les jeunes basilics doivent pouvoir profiter du rayonnement UV. L’ajout de calcium à la nourriture est nécessaire pour les adultes également, à raison de deux à trois fois par semaine.

REPRODUCTION EN CAPTIVITÉ
Tableau 1Les basilics en captivité se reproduisent toute l’année (sauf exceptions, voir tableau 1). D’une manière générale, une femelle pond 2 à 3 fois par an.
J’ai mis en incubation (B. L.) les œufs de tous les basilics de la même manière, dans la vermiculite humide à une température de 27,5 °C la nuit et de 30,0 °C le jour. Il est arrivé une fois que les œufs aient été exposés, pendant une courte période, à une température de 21,0 °C, malgré cet « accident », ils ont tous éclos normalement.

Basiliscus basiliscus
Les animaux appartenant à cette espèce sont sexuellement matures quand ils ont atteint une longueur museau–cloaque de 11,5 à 13,5 cm environ, c’est–à–dire à l’âge de deux ans.
J’ai élevé cette espèce de 1989 à 1994.

En décembre 1988 j’ai visité Panama avec le Dr. Mark Paris et j’ai obtenu le permis d’exportation pour un certain nombre de couples reproducteurs. A cette époque, j’étais en train de bâtir le complexe d’ « Agama international » et je ne disposais pas de beaucoup de temps pour prendre des notes. Pour cette raison, les informations sur la période d’incubation font défaut. D’après la littérature, la période d’incubation est de 60 à 70 jours à une température de 30 °C et de 110 à 113 jours à une température de 27 °C. En revanche, j’ai toujours noté les données relatives aux pontes et aux naissances et j’ai ainsi constaté que pour Basiliscus basiliscus le nombre d’œufs par ponte varie de 5 à 15. Par ailleurs, les naissances s’échelonnent différemment selon la saison, bien que ces lézards n’aient pas une période de repos hivernal. Ceci est valable pour les trois espèces de Basiliscus, ainsi que le montrent le tableau 1, élaboré au cours des années d’élevage, et le graphique 1 correspondent.

Tableau 2En observant le tableau 1 et le graphique 1, nous pouvons clairement remarquer, chez Basiliscus basiliscus, l’existence de deux pics, un petit en avril et un plus grand en novembre.

Si on tient compte du fait que la ponte a lieu 70 jours environ avant les naissances et que les accouplements ont lieu 3 mois environ avant les naissances, on peut au vue de ces résultats établir quels mois de l’année sont les plus favorables aux accouplements chez Basiliscus basiliscus : de mai à septembre -c’est-à–dire les mois pendant lesquels les lézards demeurent en extérieur-, mais également en janvier, au milieu de la période hivernale, quand les animaux sont dans les terrariums chauffés.
Par ailleurs, si nous divisons le nombre de naissances qui se produisent d’août à janvier -conséquence des accouplements dans les vivariums extérieurs- par le nombre restant des naissances -résultat des accouplements en intérieur-, nous trouvons que les accouplements qui se passent en extérieur sont 2,8 fois plus productifs.

Cette observation, confirmée également chez Basiliscus plumifrons et Basiliscus galeritus, est particulièrement intéressante. Elle démontre que des conditions environnementales plus proches du milieu naturel ont une influence positive sur le taux de fécondité de trois espèces de Basiliscus. Le fait que ces lézards soient élevés en Alabama, région située plus au nord par rapport à la zone de distribution du genre, dans un écosystème pas réellement tropical, nous amène à supposer que la forte luminosité naturelle soit un stimulant majeur pour les accouplements.

En revanche, dans les terrariums d’intérieur, les accouplements, moins nombreux, se déroulent en général après que les animaux se soient accoutumés à leur nouvel environnement, ce qui expliquerait le deuxième pic au milieu de la période hivernale.

Basiliscus plumifrons
Pour répondre à la demande du marché terrariophile concernant le basilic vert, en 1990 j’ai commencé l’élevage de cette espèce que j’ai maintenu jusqu’en 1997. Voici le résumé de mes observations pendant cette période. Le nombre d’œufs par ponte est de 5 à 15, en général 12. A la ponte, les œufs, dont la taille varie de 20 à 23 mm, sont blancs ; en quelques jours ils changent de couleur en devenant jaunes. La durée d’incubation varie de 54 à 80 jours, la moyenne étant de 65 jours environ (sur 13 pontes).

En ce qui concerne les naissances, le tableau 1 et le graphique 1 montrent les fluctuations saisonnières dans le nombre des éclosions au cours des sept ans d’élevage. Comme chez Basiliscus basiliscus, on remarque la présence de deux pics, un petit en avril et un plus grand en octobre.

Les accouplements ayant lieu 3 mois avant les naissances, nous pouvons facilement constater que l’activité reproductive maximale a lieu, comme chez Basiliscus basiliscus, de juin à août, c’est-à-dire quand les animaux sont en extérieur, ainsi qu’en janvier, au milieu de la période pendant laquelle les lézards sont maintenus en intérieur.
Si nous divisons le nombre des naissances étalés d’août jusqu’en janvier par le nombre de naissances restantes, nous avons une « mesure » pour comparer les accouplements qui ont lieu en extérieur et ceux qui ont lieu en intérieur. Pour cette espèce, le nombre ainsi obtenu est identique à l’espèce précédente, 2,8.

Basiliscus galeritusBasiliscus galeritus
En novembre 1990, j’ai reçu, de la part de Phil et Dan du NY Reptilia, quelques couples de Basiliscus galeritus, j’ai tout de suite compris que j’avais dans mes mains des lézards vraiment remarquables. Il s’agit en effet de l’espèce de basilic dont la reproduction est la plus méconnue. Ceci m’a encouragé à multiplier mes observations (je les ai même observés une fois pondre de 16h à 18h) et à prendre un grand nombre de notes.

Les animaux ont commencé à se reproduire au cours de leur deuxième année de vie. Le nombre d’œufs par ponte n’est pas très important, 5 au maximum. En revanche, la taille des œufs à la ponte est presque identique à celle des œufs de Basiliscus plumifrons, de 19 à 23 mm. La durée d’incubation varie de 69 à 89 jours, la moyenne étant de 77 jours environ (sur 14 pontes).
J’ai également remarqué que, soumis aux mêmes conditions, les œufs de Basiliscus galeritus éclosent en moyenne 12 jours plus tard que ceux de Basiliscus plumifrons.

Les deux seuls nouveau-nés mesurés avaient une longueur totale de 12,6 et 13,2 cm et une longueur museau–cloaque de 3,8 et 4,3 cm.

A la différence des deux espèces précédentes, tous les jeunes sont nés entre août et janvier (tableau 1 et graphique 1). Étant donné que, chez cette espèce, les accouplements ont lieu 3 mois et demi environ avant les naissances, les seules périodes fécondes se sont présentés pendant le séjour en vivarium extérieur, de mi-avril à mi-septembre. Les quelques œufs que j’ai récolté dans les terrariums d’intérieur n’ont jamais éclos. On peut en déduire que le basilic à tête rouge s’adapte difficilement à la captivité, si l’environnement est trop sec ou la luminosité insuffisante, il ne se reproduit pas.

Élevage des nouveau-nés
Les nouveau-nés sont maintenus dans des grands terrariums avec beaucoup de branches et une bassine d’eau nettoyée quotidiennement. D’une manière générale, je garde 20 individus environ dans un terrarium de 2 mètres cubes.
Le bac d’eau idéal pour des jeunes lézards, est, à mon avis, une cuvette à enduire, elle est peu onéreuse, on la trouve facilement et, surtout, la partie en pente facilite l’entré et la sortie des animaux.
Quand les juvéniles sont placés en extérieur, ces bacs d’eau sont toujours installés à l’ombre, puisque l’eau chauffée par le soleil peut atteindre des températures mortelles pour les jeunes qui y plongent. En hiver, l’eau sera tiède pour éviter que les jeunes basilics, ankylosés par une température trop basse, finissent pour se noyer. Une éventualité qui peut survenir même si la température de l’eau reste supérieure à la température létale.

CONCLUSION
Parmi les quatre espèces de Basiliscus, B. galeritus est certainement l’espèce la plus délicate et également la plus difficile à reproduire. En revanche, les trois autres, B. vittatus, B. basiliscus et B. plumifrons non seulement ont tous les atouts pour devenir des hôtes de choix dans nos terrariums mais leur reproduction est tout à fait envisageable en captivité, si on donne aux animaux assez de place, de luminosité et un environnement calme.

Finalement, la possibilité d’accueillir Basiliscus dans des enclos extérieur pendant la bonne saison, ouvre des nouveaux horizons à la terrariophilie en France, étant donné l’incidence de la lumière naturelle sur le taux de fécondité de ces lézards 


BIBLIOGRAPHIE

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Remerciements
Je veux (B. L.) exprimer ici ma gratitude à tous ceux qui nous ont aidé à Panama, pendant la période difficile de l’histoire de ce pays, à obtenir les spécimens de Basiliscus plumifrons.
Je remercie (O. A.) le Dr. Claude GRENOT pour la relecture de cet article.


 

 

 

 

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