À la suite des annonces gouvernementales relatives à la mise en œuvre d'une « liste positive » des espèces autorisées à la détention, la Fédération ProNaturA France sollicite un entretien avec le Premier ministre afin de faire entendre la voix des acteurs de terrain. Convaincue de la nécessité de renforcer la protection animale, elle alerte néanmoins sur les conséquences potentiellement irréversibles d'une telle mesure pour la biodiversité, la conservation des races et espèces, ainsi que pour les milliers d'éleveurs, scientifiques et associations engagés dans leur préservation. Elle appelle à une concertation réellement représentative, fondée sur l'expertise scientifique, l'expérience de terrain et une approche équilibrée conciliant bien-être animal, biodiversité et souveraineté alimentaire.
Objet : Demande d’entretien : la liste positive mettra à mal de manière irréversible notre biodiversité, y compris domestique.
Monsieur le Premier Ministre,
Vous avez récemment reçu plusieurs associations se présentant comme représentatives de la protection animale. À l'issue de cette rencontre, la presse a fait état de votre volonté d'engager la mise en œuvre du principe de la « liste positive ».
La Fédération ProNaturA France partage pleinement l'objectif de renforcer la protection et le bien-être des animaux . Depuis plus de vingt ans, nous œuvrons quotidiennement dans ce domaine en conciliant protection animale, préservation de la biodiversité et transmission des savoir-faire liés à l'élevage responsable.(voir « qui sommes-nous ? » en annexe 1).
Toutefois, nous souhaitons attirer très solennellement votre attention sur les conséquences irréversibles d’une telle mesure sur la conservation de nombreuses espèces et races, qu'elles soient domestiques ou non domestiques, alors même que ces patrimoines vivants sont aujourd'hui préservés en grande partie grâce à l'engagement de milliers d'éleveurs passionnés, d'associations et de scientifiques, et en général sur des millions de détenteurs responsables d'animaux.
1 - Notre demande au nom de nos adhérents et sympathisants : une concertation véritablement représentative
Contrairement à ce qui vous est dit, l'immense majorité des Français entretient une relation profondément respectueuse avec les animaux. Cette relation ne se limite pas aux chiens et aux chats : elle concerne également les oiseaux, les poissons, les reptiles, les animaux de basse-cour, les races patrimoniales et de nombreuses autres espèces élevées dans le respect de leurs besoins biologiques.
Pour beaucoup de nos concitoyens, ces animaux représentent bien davantage qu'un loisir. Ils constituent un patrimoine familial, culturel et scientifique, mais aussi un lien concret avec la nature et la biodiversité.
Depuis plus de vingt ans, notre fédération rassemble des milliers de bénévoles qui consacrent leur temps, leurs compétences et leurs ressources à la préservation de ce patrimoine vivant. Notre expertise repose sur l'expérience de terrain de nos éleveurs et de leurs associations, sur les connaissances de spécialistes de nombreuses espèces, sur les compétences de vétérinaires, de scientifiques, de gestionnaires de parcs zoologiques, d'aquariums, d'organisations agricoles et de nombreux partenaires engagés dans la conservation.
Cette expertise couvre l'ensemble des taxons et nous permet d'appréhender les conséquences concrètes que certaines évolutions réglementaires pourraient avoir sur la biodiversité, tant domestique que non domestique.
C'est pourquoi nous regrettons de ne pas avoir été associés aux premiers échanges consacrés à cette réforme.
Notre démarche n'est pas de nous opposer aux politiques publiques de protection animale. Au contraire, nous partageons pleinement cet objectif. Nous souhaitons simplement que les décisions à venir puissent être éclairées par l'ensemble des compétences disponibles et qu'elles prennent en considération les enjeux de conservation de la biodiversité, de souveraineté alimentaire, de patrimoine génétique et de transmission des savoir-faire.
Nous sommes convaincus qu'un dialogue associant l'ensemble des acteurs permettra d'aboutir à des solutions équilibrées, conciliant protection animale, préservation de la biodiversité et attentes légitimes de nos concitoyens.
2 - Enjeux et menaces derrière les pressions pour la liste positive
Il existe un groupe de pression européen, « Eurogroup for Animals » outil des lobbys de la viande synthétique et des groupes promouvant le végétal, qui profite d’un contexte de sensibilité croissante de l’opinion et d’une vision de plus en plus anthropomorphique de l’animal pour agir à travers des associations florissant depuis plus d’une décennie. Sa stratégie s’applique dans tous les pays avec un seul but : diminuer puis supprimer toutes les formes d’élevage et la consommation de produits d’origine animale, ce qui met en danger notre souveraineté alimentaire. Ils ont de gros moyens et (voir la brochure jointe « in a nut shell ») et sont structurés comme les Nations Unies.
Une partie de nos parlementaires sont conscients de cette ingérence internationale dans nos politiques publiques ; voir la question parlementaire (annexe 3) de M. le Sénateur du Morbihan, Yves Bleunven, (Union Centriste) qui a interpellé le gouvernement sur d’éventuelles « opérations d’ingérence étrangère » visant l’élevage, pointant notamment les financements américains reçus par certaines associations animalistes. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard juge la question « légitime », tout en appelant à documenter les faits avec prudence.)
Vous pouvez constater leur succès puisque la consommation de viande baisse réellement.
Ce groupe européen fait donc pression, à travers ces associations, dictant des lois visant à interdire toujours plus de types d’animaux, de ferme comme d’ornement. Cela impacte donc aussi les petits élevages : après la limitation de la consommation, il s’agit de limiter de plus en plus la capacité des particuliers à posséder ou élever des animaux en général, portant entrave à nos libertés fondamentales.
Ainsi ce groupe a obtenu la promulgation de textes législatifs dans de nombreux pays. En France la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale est allée beaucoup plus loin que son but initial, lutter contre l’abandon des chiens et chats, en impactant les animaux non domestiques (proposant notamment le principe de liste positive - voir annexe 5). Elle obéissait à l’agenda propre du groupe ( voir la brochure « in a nut shell »), contre l’avis des éleveurs, soigneurs et amateurs dans toute l’Europe et avec l’appui des associations dites « de protection animale », instrumentalisées (consciemment ou non).
Leur argument principal a été d’ invoquer les chiffres d’abandon (chiens et chats surtout) pour attester que les Français sont maltraitants et justifier des mesures liberticides concernant tous les animaux en général.
Or, contrairement à l’usage républicain, aucun bilan des effets de cette loi n’a été tiré :
* Ses effets positifs demeurent à démontrer : le chiffre des abandons n’a pas baissé depuis 2021. Nous réclamons régulièrement (au sein du CNR BEA par exemple) plus de transparence sur ces chiffres émanant de différentes structures, chiffres non appuyés sur de véritables études concernant les motifs réels d’ abandon.
* Ses effets négatifs sur la biodiversité, sur lesquels notre communauté alerte depuis 2021, n’ont jamais été mesurés objectivement mais sont réels : Depuis 2020, nous avons perdu 62 % des éleveurs particuliers ; à horizon quatre ans, 69 % des espèces mondiales pourraient disparaître (WWF, Planète vivante, 2024).
Conclusion : Les chiffres d’abandon ont été utilisés pour culpabiliser les Français. Or, rapportés aux 80 millions d’animaux présents dans notre pays, (chiffres Kantar 2025), ils démontrent au contraire que la grande majorité s’en occupe correctement. (340 000 abandons (chiffre certes beaucoup trop important et inadmissible) pour 80 millions d’animaux, dont 16 millions de chats et 9 millions de chiens).
Le procédé est européen. En Espagne, en Italie, il est également dit à la population qu’elle est la première, en Europe, pour l’abandon, afin, encore une fois de faire passer des lois restrictives.
3 – Effets négatifs prévisibles de la liste positive
Dans ce contexte, vous comprendrez que si la liste positive est régulièrement promue par certains groupes de pression, c'est qu'ils servent, consciemment ou non, les intérêts de puissances étrangères.
L'enjeu dépasse largement le seul débat réglementaire : il touche à la fois à notre souveraineté alimentaire et à la préservation de notre biodiversité.
Pour les mêmes raisons, nos homologues européens expriment eux aussi une opposition unanime à la mise en place d'une telle liste. Nous regrettons profondément que cette position, pourtant largement partagée à l'échelle européenne, ne soit pas davantage prise en considération.
En effet :
- La très grande majorité des Français qui détiennent ou côtoient des animaux le font avec respect et veillent à leur bien-être. C'est dans cet esprit que 3 500 clubs œuvrent quotidiennement, en privilégiant l'information, la sensibilisation et la pédagogie. Ces démarches sont bien plus efficaces que des interdictions générales et indifférenciées, qui frappent indistinctement les détenteurs responsables et les comportements réellement problématiques.
- La réglementation relative à la détention des animaux est déjà d'une grande complexité. La plupart des citoyens en ignorent le contenu ou peinent à en comprendre les dispositions. Un nouveau durcissement ne ferait qu'accroître l'incompréhension et alimenter un climat de défiance dont les électeurs ne seront pas reconnaissants. Depuis 2017, les restrictions successives ont déjà entraîné la disparition progressive de nombreuses espèces des élevages amateurs, avec des conséquences parfois irréversibles pour la préservation de certains patrimoines génétiques. Pour certaines races patrimoniales de volailles, il ne subsiste plus que quelques dizaines de femelles reproductrices. Il en va de même pour plusieurs espèces non domestiques, notamment certains poissons exotiques ou perroquets classés « en danger » ou « disparus à l'état sauvage » par l'Union internationale pour la conservation de la nature, dont les populations sont aujourd'hui préservées en milieu protégé grâce à l'engagement d’éleveurs passionnés.
- Les positions les plus radicales ne reflètent pas l'opinion majoritaire de nos concitoyens. Les associations qui les portent ne représentent qu'une minorité, et leurs méthodes sont souvent contestées. Ainsi, certaines campagnes visant à faire supprimer les animations médiévales intégrant des démonstrations de fauconnerie reposent sur des stratégies de pression exercées auprès des collectivités locales. Ces initiatives sont pourtant régulièrement désavouées par le public, qui demeure très attaché à ces animations, lesquelles contribuent à faire connaître les rapaces, leur biologie et les enjeux de leur conservation.
Notre groupe européen déplore que nos approches modérées et les arguments scientifiques que nous déployons soient négligés, chaque fois au profit de ressentis extrémistes et non fondés comme dit précédemment.
CONCLUSION :
Vous avez reçu certaines associations : nous regrettons de ne pas avoir été associés à cette rencontre, alors que les éléments que nous vous avons transmis démontrent l’importance d’une approche cohérente, complète et scientifiquement étayée de ce dossier, sous peine de dégâts irréversibles que paieront les générations futures. Depuis deux décennies, nous sommes force de proposition ; nous disposons d’une expertise couvrant l’ensemble des taxons ; nous nous appuyons sur un réseau d’experts scientifiques, vétérinaires, parcs animaliers et chambres d’agriculture et nous agissons de manière totalement bénévole, sans aucun enjeu financier.
Au regard de ces éléments, nous souhaitons très respectueusement mais fermement réaffirmer notre volonté d’être pleinement associés aux travaux relatifs à la liste positive.
Écarter notre fédération reviendrait à oublier de multiples catégories d’animaux (55 millions sur 80 puisque chiens et chats représentent 25 millions environ), à priver de représentation près de la moitié des Français au total, ainsi que l’ensemble des acteurs engagés dans la conservation.
Nous demandons donc expressément un entretien, afin de vous présenter directement notre expertise et de contribuer de manière constructive, précise et utile à votre réflexion.
Notre participation est indispensable pour garantir une décision cohérente, équilibrée et conforme aux enjeux de biodiversité et de souveraineté alimentaire.
En vous remerciant de votre lecture bienveillante, veuillez recevoir, Monsieur le Premier Ministre, les assurances de notre très respectueuse considération.




