bdenisVégétarisme, végétalisme, véganisme : des limites conceptuelles


Le professeur Bernard Denis est docteur vétérinaire, professeur de zootechnie honoraire de l’École vétérinaire de Nantes, membre de l’Académie d’agriculture et président de la Société d’ethnozootechnie. Il a coordonné l’ouvrage « Éthique des relations homme/animal » et nous fait part de ses remarques à propos du végétarisme, du végétalisme et du véganisme.

Les engagements individuels sont respectables, les doctrines sont sujettes à discussion. Placer celle-ci sur le terrain médical ne sert strictement à rien car les positions, argumentées des deux côtés, sont pratiquement intangibles, sauf lorsque des problèmes de santé sont survenus chez les "abstinents", et encore !

Il est probable que ce que nous allons écrire n'ébranlera non plus personne, mais nous tenons néanmoins à faire quelques remarques sur la nature de l'engagement des végétariens, des végétaliens et des véganiens.

Les végétariens tout d'abord doivent reconnaître que, s'ils peuvent se permettre de vivre comme tels, c'est parce que d'autres, de loin les plus nombreux, consomment de la viande. En effet, on ne peut pas imaginer une filière où tous les mâles, à l'exception des reproducteurs, seraient éliminés et où les femelles de réforme mourraient naturellement et seraient enterrées ou incinérées.
L'euthanasie de la plupart des mâles à la naissance ferait scandale, et même l'utilisation de semence sexée choquerait l'opinion publique. Quant à la non-consommation ou valorisation des femelles de réforme, elle serait économiquement impossible à tenir.
Les végétaliens commettent un "gros péché" d'orgueil ... même s'ils en ont le droit. D'abord, ils refusent leur statut biologique d'omnivores. Proclamer qu'ils l'acceptent mais ne veulent pas qu'il s'exprime est difficile à comprendre. Par ailleurs, il faut se convaincre que l'objectif des végétaliens est avant tout de supprimer la "peine de mort" des animaux.
Améliorer le bien-être de ces derniers n'est pas du tout leur but, quoi qu'ils en disent : ils souhaitent que l'on cesse de tuer les animaux, ce qui revient à supprimer l'élevage des animaux de rente.

Mais, sous couvert de ne plus tuer les individus, ils s'arrogent le droit de tuer des espèces ! En effet, il n'est pas envisageable, sauf très marginalement, de transformer les animaux de ferme en animaux de compagnie.
C'est donc l'Évolution qui est refusée : notre statut d'omnivores, la domestication de certaines espèces et l'élevage de ces dernières. Il est clair que cette position est très orgueilleuse.

Les véganiens -qui se font appeler "véganes", on se demande bien pourquoi- sont d'abord des végétaliens et ils sont donc concernés par ce que nous venons de dire. Ils ajoutent qu'ils refusent tout ce qui vient des animaux : le cuir, la laine, le miel ... ce qui constitue, somme toute, un ajout limité par rapport aux végétaliens.

La vérité est autre : les véritables véganiens, qui se gardent bien de le dire, refusent en effet à l'homme tout droit à utiliser les animaux. Par exemple, les chiens-guides d'aveugles sont considérés comme des "esclaves" (nous l'avons entendu) alors que cette fonction est l'un des plus beaux services que le chien puisse rendre à l'homme.

Même la "compagnie" est refusée car les animaux sont élevés dans des conditions qui ne sont pas conformes à leurs exigences biologiques ! On peut dire finalement que le véganisme imagine un monde où il y a, d'un côté les humains, et de l'autre la nature et les animaux, sans aucun lien ni échange entre les deux.

Ce faisant, ils ignorent cette évidence que l'homme est très dépendant de l'animal et, à de multiples points de vue, ne saurait s'en passer. A l'inverse, fondamentalement sinon dans le détail, l'animal n'a nul besoin de l'homme. Ignorer cette dépendance et interdire qu'elle s'exprime traduit des sentiments profondément anti-humanistes, alors que les véganiens proclament le contraire.

A quand une juste mesure et une cohérence pour tous dans la manière de vivre avec les animaux ?

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